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Un client ne découvre pas les assurances de son constructeur le jour où un problème survient. Elles se vérifient avant, pendant la phase de sélection des entreprises.
Au Maroc, la loi 59-13 sur l'assurance de la construction encadre l'obligation, pour les architectes, ingénieurs et entrepreneurs, de souscrire une assurance responsabilité civile décennale. Cette obligation, restée facultative pendant plusieurs années après le vote de la loi en 2016, n'est devenue pleinement contraignante que le 30 décembre 2024, date à laquelle l'Autorité de Contrôle des Assurances et de la Prévoyance Sociale (ACAPS) a annoncé l'entrée en vigueur des textes d'application. Depuis cette date, l'obtention du permis d'habiter ou du certificat de conformité est conditionnée à la présentation d'une attestation d'assurance valide, pour les constructions concernées.
Cette obligation ne s'applique pas à toutes les constructions : elle concerne les bâtiments à usage d'habitation de plus de trois étages ou dépassant 800 m² de superficie couverte. Une villa individuelle de plain-pied ou à deux niveaux, en dessous de ce seuil, n'entre pas automatiquement dans le champ de cette obligation légale.
C'est une nuance importante, et souvent mal comprise. Elle ne signifie pas qu'une villa plus petite ne peut pas être couverte : elle signifie que le client doit vérifier lui-même, dans son contrat, que l'assurance décennale est bien souscrite volontairement par l'architecte et l'entrepreneur, même quand la loi ne l'impose pas. Un professionnel sérieux la propose sans qu'on ait à la demander. Un professionnel qui élude la question mérite qu'on s'interroge sur ses pratiques.
Demander l'attestation d'assurance en cours de validité, avec le nom du souscripteur et la période de couverture, prend quelques minutes et évite des situations bien plus longues à démêler après coup.
Pendant le chantier : la couverture des travaux en cours
Entre la pose des fondations et la remise des clés, un chantier reste exposé à des risques que ni la garantie décennale ni la garantie des vices cachés ne couvrent, parce qu'elles ne s'appliquent qu'une fois l'ouvrage achevé.
L'assurance tous risques chantier (TRC) comble cet intervalle. Elle couvre les dommages matériels qui peuvent survenir sur l'ouvrage en construction lui-même : effondrement partiel avant réception, dégâts causés par une intempérie, vol de matériaux sur site, incendie pendant les travaux. Elle est généralement souscrite par le maître d'ouvrage ou par l'entreprise principale, selon les termes négociés dans le contrat de construction.
Cette assurance sert aussi de relais vers la garantie décennale : plusieurs compagnies marocaines, dont Wafa Assurance, structurent leurs offres pour que la TRC prenne le relais de la couverture jusqu'à la réception, moment où la responsabilité décennale prend effet. Un client dont le contrat ne mentionne aucune TRC prend un risque financier réel pendant toute la durée du chantier, en particulier pour les projets de plusieurs mois.
La réception des travaux : le jour qui déclenche tout
La réception du chantier n'est pas une simple formalité de fin de projet. C'est l'événement juridique qui fait courir le délai de toutes les garanties légales, tout comme le respect de la réglementation de construction conditionne l'obtention du permis d'habiter. Avant la réception, aucune des protections suivantes ne s'applique.
C'est pourquoi la réception mérite d'être organisée avec rigueur, généralement par le maître d'œuvre, qui parcourt l'ouvrage avec le client et note les éventuelles réserves. Une réception mal documentée, signée sans vérification approfondie, prive le client d'éléments de preuve utiles en cas de litige ultérieur.

Ce que couvre la garantie décennale, précisément
La garantie décennale trouve sa base légale dans l'article 769 du Dahir formant Code des Obligations et Contrats. Ce texte, qui date de 1913 et reste pleinement en vigueur, établit que l'architecte ou l'ingénieur et l'entrepreneur directement chargés par le maître d'ouvrage sont responsables si, dans les dix ans suivant l'achèvement de l'ouvrage, celui-ci s'écroule en tout ou en partie, ou présente un danger évident de s'écrouler, en raison d'un défaut des matériaux, d'un vice de construction ou d'un vice du sol.
Le point de départ des dix ans est la date de réception des travaux, pas la date de signature du contrat ni la date d'occupation effective par le client. Un point que beaucoup de clients confondent, en particulier quand la réception a été retardée par rapport à l'emménagement réel.
La garantie décennale couvre les désordres graves qui touchent la solidité de l'ouvrage : fissures structurelles, affaissement de fondations, défaillance d'un mur porteur. Elle ne couvre pas les défauts esthétiques, les finitions imparfaites ou les équipements défectueux, qui relèvent d'autres recours.
Un point mérite d'être noté avec précision : l'architecte qui n'a pas dirigé les travaux, mais seulement conçu les plans, ne répond que des défauts de sa conception, pas de l'exécution du chantier par l'entrepreneur. C'est une distinction qui prend tout son sens quand la maîtrise d'œuvre et la conception architecturale sont assurées par deux intervenants distincts, plutôt que par une même équipe intégrée.
La garantie des vices cachés : le recours complémentaire
En dehors des désordres qui menacent la solidité de l'ouvrage, un acheteur dispose d'un autre recours : la garantie des vices cachés, encadrée par les articles 549 à 584 du Dahir des Obligations et Contrats et complétée par la loi 31-08 sur la protection du consommateur.
Ce recours s'active pour un défaut suffisamment grave pour altérer l'usage normal du bien, qui existait avant la vente ou la réception, et que le client ne pouvait pas raisonnablement détecter au moment de la remise des clés. Une infiltration récurrente, un défaut d'étanchéité mal identifié, un vice de plomberie encastrée : ce sont des exemples de désordres qui, sans menacer la solidité du bâtiment, relèvent de ce recours plutôt que de la garantie décennale.
Si le défaut affecte à la fois l'usage du bien et sa solidité, les deux garanties peuvent se combiner. C'est le juge, en cas de litige, qui qualifie la nature exacte du désordre pour déterminer le recours applicable.
Ce qu'un client peut vérifier avant de signer
Au-delà des attestations d'assurance, plusieurs éléments contractuels renforcent concrètement la protection d'un client qui fait construire à distance. Beaucoup des erreurs de construction les plus coûteuses observées sur des chantiers marrakchis trouvent leur origine dans un contrat signé sans ces vérifications préalables.
La retenue de garantie est une pratique contractuelle courante, bien qu'elle ne soit pas imposée par une loi spécifique : le client conserve un pourcentage du montant total des travaux, généralement entre 5 et 10 %, versé seulement après la levée des réserves constatées à la réception. Cette clause, négociée avant la signature du contrat de construction, donne un levier financier réel en cas de finitions incomplètes ou de réserves non traitées.
La construction clé en main simplifie généralement cette protection, parce qu'un seul contrat encadre l'ensemble du projet, avec une seule structure responsable devant le client, plutôt qu'une multiplicité d'entreprises dont il faudrait vérifier séparément les assurances respectives.
Enfin, vérifier que l'entreprise a fait appel à un organisme de contrôle technique agréé pendant le chantier renforce la solidité du dossier en cas de sinistre : les garanties d'assurance décennale sont souvent subordonnées à ce contrôle indépendant, qui vise à prévenir les aléas techniques avant qu'ils ne deviennent des désordres.
Sources et références légales
Cet article s'appuie sur les textes suivants, en vigueur au Maroc au moment de la rédaction :
- Article 769 du Dahir formant Code des Obligations et Contrats (D.O.C.) — base légale de la garantie décennale de l'architecte, de l'ingénieur et de l'entrepreneur.
- Articles 549 à 584 du Dahir formant Code des Obligations et Contrats — cadre de la garantie des vices cachés.
- Loi 31-08 édictant des mesures de protection du consommateur, qui complète le recours pour vices cachés.
- Loi 59-13 relative à l'assurance de la construction, instaurant l'assurance tous risques chantier (TRC) et la responsabilité civile décennale (RCD).
- Communiqué de l'ACAPS (Autorité de Contrôle des Assurances et de la Prévoyance Sociale) du 30 décembre 2024, confirmant l'entrée en vigueur de l'obligation d'assurance TRC et RCD pour les constructions concernées.
Cet article présente le cadre légal marocain à titre informatif. Le droit de la construction évolue et son application dépend des circonstances propres à chaque projet ; pour toute situation contractuelle précise, l'avis d'un avocat inscrit au barreau au Maroc reste nécessaire.
Cet article a été rédigé par l'équipe de Construire à Marrakech, cabinet spécialisé dans la construction de villas de luxe sur mesure à Marrakech. Notre expertise couvre l'ensemble des phases du projet : sélection foncière, conception architecturale, maîtrise d'œuvre et design intérieur.







